Des usines, des quartiers… et des hommes!

Rosemont, Saint-Henri, Hochelaga, Pointe-Saint-Charles, Ahuntsic, Villeray...

L’ostensible enseigne lumineuse Farine Five Roses dans le Vieux, les longs murs de briques des shops Angus dans Rosemont et l’énorme Silo à grain no 5 dans le Vieux-Port, que voilà d’éloquents témoins de l’activité industrielle qui a marqué Montréal au cours des deux derniers siècles.

Quoique certains puissent être plus révélateurs que d’autres, des témoignages de ce genre, il y en a dans chaque quartier, puisque l’activité industrielle s’est étendue d’un bout à l’autre de l’île. Cette activité a été si intense qu’elle a fait de Montréal le principal centre économique du Canada, statut que la ville a conservé jusqu’au milieu du XXe siècle.

Cette même activité industrielle est à la base du mouvement expansionniste de la ville. Concentrée aux abords du canal de Lachine dans les années 1800, la production industrielle a tôt fait d’envahir les villages limitrophes. Toutefois, le rythme accéléré de cette expansion imposait à ces petits villages des obligations financières si importantes qu’ils n’avaient d’autres choix que de s’annexer à la «grande ville». De 1883 à 1918, Montréal a absorbé 23 de ces petites municipalités, dont Rosemont, Saint-Henri, Hochelaga, Saint-Gabriel (Pointe-Saint-Charles), Ahuntsic et Villeray, pour n’en nommer que quelques-unes.

Les usines de textile, de vêtements, de métallurgie, de chaussures, d’alimentation, de tabac et les meuneries s’implantaient çà et là sur l’île. Les besoins en main-d’œuvre, presque sans fin, ont attiré quantité de familles. Des régions rurales en premier lieu, mais aussi d’Europe (Irlande, Angleterre, Écosse, France, Italie) et d’Europe de l’Est (Russie, Pologne, Ukraine). En 1930, la population de l’île dépassait le million d’habitants, et au-delà de 8 % d’entre eux (plus de 80 000) travaillaient en usine.