L’antiquaire est mort, vive l’antiquaire!

C’était le plus ancien antiquaire de Montréal : 47 ans à faire le commerce d’objets anciens, rue Saint-Denis. Puis voilà qu’un beau matin, en mai dernier, Jean-Claude Taquet met la clé dans la porte. Il en a assez. Antiques Puces Libres n’est plus! Montréal perd un autre de ses antiquaires.

Pas de panique, il en reste encore, une trentaine peut-être. La plupart sont concentrés dans le Quartier des antiquaires, rue Notre-Dame Ouest, entre Atwater et Guy.

« Nous avons déjà été 14 antiquaires sur Saint-Denis. Et sur Notre-Dame, il y en avait une soixantaine d’autres. Ouais, c’était les bonnes années, mais les jeunes aujourd’hui s’intéressent moins à l’histoire. Et pas seulement ici, partout dans le monde, c’est comme ça », dit Jean-Claude, qui croit cependant que la situation est cyclique et que les affaires reprendront au cours de la décennie.

« Mais en attendant, c’est le temps d’acheter, les prix sont bons. On peut trouver des meubles antiques moins chers qu’une copie bien faite », indique le semi-retraité qui a encore un stock impressionnant, dont une armoire ayant appartenu au marquis de Montcalm (1712-1759). Jean-Claude ne vend maintenant qu’à d’autres antiquaires ou au Salon des antiquités, qui a lieu chaque année au marché Bonsecours, à la mi-octobre : du 13 au 15 cette année.

Autre antiquaire d’expérience – dans son cas 22 ans –, André L’Écuyer prétend lui aussi que le désintéressement des jeunes pour l’histoire a contribué à la disparition des antiquaires. Celui qui tient toujours boutique au 1896, rue Notre-Dame Ouest, partage l’avis de son ex-collègue. Il affirme que la situation est mondiale, mais jette cependant une partie du blâme sur l’internet.

« Dans les années 1970, Montréal était la Mecque des antiquaires en Amérique. On était plus de 125 dans la ville. Mais aujourd’hui, autant en Europe qu’en Amérique, les jeunes s’intéressent davantage aux années 1960 et 1970 qu’aux véritables antiquités… »