Le Montréal italien change, mais les traditions demeurent

À la fin des années 1970, plus âgés et plus fortunés, les Italos-Montréalais ont délaissé peu à peu la Petite Italie pour d’autres quartiers résidentiels, comme Saint-Léonard, Ville-Émard et Notre-Dame-de-Grâce et LaSalle.

L’étalement s’est accentué encore avec la génération suivante; la Montérégie et la couronne nord, surtout Laval, sont devenues les nouveaux pôles d’attraction. La Petite Italie, quant à elle, n’a pas perdu son identité pour autant. Quelque 200 familles italiennes y vivent toujours, et les cafés, épiceries, restaurants, boutiques y sont encore omniprésents. Baladez-vous dans le quartier pendant la Coupe du monde de football (soccer) ou du Grand Prix de Formule 1 du Canada, et vous entendrez battre le cœur de l’Italie.

Si les générations récentes ont quitté la « terre promise », elles n’ont pas rompu avec les traditions : surtout culinaires. Dino Castelli, 56 ans, en est l’exemple parfait. Il a grandi à Montréal, mais a choisi la Montérégie pour fonder sa famille, alors que ses parents ont préféré demeurer sur l’île.

Comme tant d’autres Italiens, Dino a été marqué par les traditions culinaires de la famille. Il a frais en mémoire tout le plaisir qu’éprouvaient Rosa et Giovanni, ses grands-parents, plus tard Pauline et Pietro, ses parents, à préparer la boustifaille. Il se souvient de toutes ces grandes réunions familiales où les plats concoctés des mois auparavant faisaient le régal des convives.

Dino a pris la relève depuis. Pour ce directeur régional chez Systèmes d’entrée ASSA Abloy, ça commence pour ainsi dire au temps des récoltes, surtout pour la tomate, aliment de base de bien des recettes, dont sa fameuse lasagne de 25 étages. Oui, vous avez bien lu, 25 étages! « Nos pâtes sont très minces », explique Dino. On le croit sur parole…

Chez les Castelli, l’arrivée de la tomate est pratiquement un événement en soi. Quelque 25 caisses achetées au marché Jean-Talon, « chez Lino », tient à préciser Dino, et les voilà prêts à faire le jus de tomate. Ils seront une douzaine, sœurs, cousins, enfants et amis, tous dans le garage, à laver, couper, couler, presser, faire bouillir et empoter le nectar rouge. Une journée de travail qui débutera à 8 h et se terminera à 17 h, un p’tit rouge à la main, mais cela en vaut la peine, car ce jus est la base même des sauces.

Et lorsqu’il est question de sauce à spaghetti, Dino est un expert. « Enfant, on nous en faisait manger tous les mardis, jeudis et les dimanches, après la messe », en donne-t-il pour preuve. « Chaque région de l’Italie a sa recette de sauce tomate. Nous, on vient d'Ascoli Piceno, une région au nord de Rome, et notre façon de faire est très simple. Un rôti de palette de bœuf avec des branches de céleri et un oignon entier dans un chaudron, du jus de tomate et des épices. Au four à feu doux pendant quatre heures. Le jus réduit, voilà la sauce. Dans un grand bol, on met les nouilles cuites et du fromage Romano Lupa. On remue avant d’ajouter la sauce, puis on mélange de nouveau. On sert les spaghettis avec un morceau de palette sur le côté. »

Et la polenta?

« Ça, c’est vraiment un mets traditionnel, simple et pas cher. Vous savez, c’était vraiment difficile de vivre en Italie à une certaine époque. Par exemple, à 10 ans, mon père était berger. Les animaux, vache, âne et brebis, vivaient au sous-sol de la maison. Il devait faire quatre heures de route sur un âne pour vendre ou échanger ses produits. C’est avec la polenta que se sont nourris bien des Italiens. De la farine de maïs mélangée à de l’eau chaude. Ça fait une pâte et ils n’avaient qu’un petit morceau de viande pour accompagner ça. Mais aujourd’hui, on met autant de viande que de polenta. »