Montréal: de la rigidité cléricale aux messes à gogo

Un clergé aussi puissant qu’omniprésent

Malgré sa réputation de ville festive, Montréal aura été, jusqu’au milieu des années 1960, sous le joug d’un clergé aussi puissant qu’omniprésent.

Plus de 470 églises et chapelles y ont été construites entre 1642 et 1975, d’où son surnom de «ville aux 100 clochers». L’écrivain américain Mark Twain (1835-1910) a d’ailleurs dit: «C’est bien la première fois que je m’arrête dans une ville où l’on ne peut lancer une pierre sans risquer de briser un carreau d’église.»

Le cardinal Paul-Émile Léger, à la tête du diocèse de Montréal de 1950 à 1967, aura sans doute été l’un des ecclésiastiques les plus influents du Québec. Son aversion pour l’alcool, la danse, les boîtes de nuit et même les robes soleil est bien connue.

Mais le cardinal aura été aussi le dernier grand défenseur du conservatisme religieux, qui a commencé à s’estomper avec l’arrivée au pouvoir du Parti libéral de Jean Lesage, en 1960, clamant haut et fort: «C’est le temps que ça change!»

Une série de profonds changements ont marqué tout le Québec au cours de la décennie qui a suivi. Ils ont été à ce point importants et nombreux qu’on a baptisé cette période la Révolution tranquille. Faut dire qu’à la même époque, le nouveau pape, Jean XXIII (1881-1963) avait entrepris de grandes réformes au sein de l’église: oui à la «messe du samedi» et non à la messe en latin. Fini également les curés qui célèbrent la messe le dos tourné à l’assistance et l’obligation pour les femmes de se couvrir la tête lorsqu’elles entrent à l’église.

Malgré tout, les églises se vidaient de plus en plus. On préférait d’emblée les salles de danse, comme Le Golden de la rue Masson ou le C.E.O.C. de la rue Saint-Denis, où l’on se déhanchait sur la musique de groupes yéyé québécois. On comptait une cinquantaine de formations à l’époque, dont les très populaires Classels, Baronets, César et les Romains…

On a tenté de renverser la vapeur avec des messes où résonnaient musique et chansons rythmées. Ces fameuses «messes à gogo», comme on les appelait, ont connu du succès. Un succès éphémère, faut-il dire, l’arrivée des discothèques et des DJ, dont le très célèbre Lime Light, rue Stanley, les ayant vite déclassées.

Puis les églises ont commencé à disparaître sous le pic des démolisseurs ou se sont transformées en centres communautaires, en salles de concert, en bibliothèques, en musées, en résidences pour aînés ou en immeubles à condos.

Salle Bourgie

La salle de concert du Musée des beaux-arts (salle Bourgie) est d’une grande beauté. Aménagée dans la nef de l’ancienne église Erskine and American United, bâtie en 1894, son décor est rehaussé par la présence de 20 vitraux Tiffany. Il s’agirait incidemment de la plus importante collection canadienne de vitraux fabriqués par les réputés ateliers de New York. Elle est située au 1339, rue Sherbrooke Ouest.

Photo: Bernard Fougères