Petite-Italie : Un morceau d’Italie pour façonner Montréal

De tous les immigrants que Montréal a accueillis depuis sa fondation, les Italiens sont ceux qui ont le plus marqué la ville. Tous les secteurs, tant les arts, la politique, l’agriculture, l’immobilier, la gastronomie que les sports, bref, vraiment tous les secteurs ont été influencés d’une façon ou d’une autre par la communauté italienne.

Lorsqu’il est question d’Italos-Montréalais qui ont marqué Montréal, les noms qui viennent habituellement à l’esprit sont Saputo (Lino et Joey), Gattuso (Pasquale) et Catelli (Carlo Onorato), pour n’en nommer que quelques-uns. Des choix incontestables certes, mais qui font ombrage à tant d’autres qui, plus modestement, ont eu, eux aussi, un rôle important à jouer dans les 375 ans de Montréal.

La présence italienne en terre québécoise est aussi vieille que la fondation de Montréal. Il s’agissait au départ de soldats ou de mercenaires enrôlés dans un régiment français (Carignan-Salières, 1670), afin de combattre les Iroquois. En retour, le roi de France leur offrait des terres. Quelques compatriotes les ont imités par la suite, si bien qu’en 1860 Montréal comptait une soixantaine de familles italiennes.

À cette époque, les choses vont plutôt mal en Italie. Le régime féodal aboli, le gouvernement redistribue les terres. Environ 70 % de la population vit alors d’agriculture, mais sur des lopins trop petits pour vraiment suffire à leurs besoins. De plus, le pays est frappé par une épidémie de malaria; 600 000 Italiens en sont atteints. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, voilà que la malnutrition donne naissance à une autre épidémie, la pellagre, qui touchera 104 000 âmes. Commence alors une première vague d’émigration d’importance. De 1900 à 1915, plus de huit millions d’Italiens s’exileront; plusieurs en Europe, mais aussi en Amérique du Nord, surtout aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au Québec, particulièrement à Montréal.

C’est à ce moment, au début du XXe siècle que naît véritablement la communauté italo-montréalaise. En 1901, Montréal compte 1400 Italiens, vivant tous au nord du Vieux-Montréal, là où est situé aujourd’hui le quartier chinois. Dix ans plus tard, ils seront 7000 et migreront encore plus au nord, à proximité du boulevard Saint-Laurent, près de la gare du Mile-End, remplacée plus tard par la gare Jean-Talon.

En 1910, le quartier devient la paroisse Madonna della Difesa,ou Notre-Dame-de-la-Défense, la première paroisse italienne du Canada. Elle comprend le boulevard Saint-Laurent et ses annexes, entre Saint-Zotique et Jean-Talon. Dès lors, on voit naître écoles, centres d’aide, de loisirs et de sports, mais surtout, en 1927, l’église Notre-Dame-de-la-Défense, désignée en 2002 par le gouvernement fédéral : « site historique du Canada ». Des épiceries, des restaurants, des boutiques et même des usines, comme Catelli et Montreal Street Railways, s’y implantent.

L’immigration italienne croît à bon rythme, bien que ce ne soit pas toujours facile pour ces nouveaux arrivants. D’agriculteurs qu’ils étaient, les voilà devenus travailleurs d’usine. Beaucoup ont du mal à s’adapter. Il y a aussi la montée du fascisme en Italie qui compte des adeptes à Montréal et, lorsque survient la Seconde Guerre, la communauté italienne écope. Plusieurs sont incarcérés, d’autres perdent leur emploi et des journaux italiens sont fermés. Après la guerre, les choses s’estompent et, entre 1946 et 1960, l’on assiste à une autre vague d’immigration italienne, la plus importante. Des milliers d’agriculteurs italiens s’installent dans la paroisse, près du marché Jean-Talon. On les voit cultiver des tomates, brocolis, piments et autres légumes, dans les cours et les ruelles. On suppose d’ailleurs qu’ils sont les instigateurs de l’agriculture urbaine à Montréal.

Au milieu des années 1950, on dénombre 150 000 Montréalais d’origine italienne. Ce flux entraîne du coup l’apparition de nouveaux commerces, de nouvelles institutions, de nouveaux bâtiments. Le quartier est devenu l’un des plus fébriles de Montréal. La Petite Italie est née. Viva la Piccola Italia!

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