Rodney Saint-Éloi: éditeur, poète, écrivain, essayiste

Guérir les maux du monde avec les mots du monde!

Pour l’écrivain-éditeur Rodney Saint-Éloi, Haïtien d’origine et Québécois d’adoption, le livre est la meilleure des armes pour lutter contre le racisme, l’abus et l’exclusion. À ses yeux, son pouvoir est tel que l’on pourrait qualifier le livre «d’arme de construction massive d’une société».

Rodney Saint-Éloi naît à Cavaillon, en 1963, époque trouble où la perle des Antilles tombe sous le joug de François Duvalier qui s’autoproclame «président à vie». Les années de la dictature de «Papa Doc» sont marquées par des scènes d’une violence inouïe, et c’est dans cette atmosphère de crainte de sévices et de rejet que grandit Saint-Éloi.

Difficile de fuir lorsque le pays est assiégé d’un bout à l’autre par des légions de «tontons macoutes», ces hommes de main au cœur de pierre à la solde de Duvalier. Mais Rodney y parvient. Son refuge: l’écriture!

Éduqué par les frères du Sacré-Cœur au collège canado-haïtien, il signe, à 13 ans seulement, ses premières œuvres. Le jeune adolescent publie des poèmes, entre autres choses. «La valeur n’attend pas le nombre des années», dit-on, et le jeune écrivain-poète en fait l’éclatante démonstration. Certains de ses écrits sont même traduits en anglais, en espagnol et en japonais.

Rodney Saint-Éloi immigre au Québec en 2001. Il étudie la littérature à l’Université Laval, en compagnie de Stanley Péan. En 2003, il fonde, à Montréal, la maison d’édition indépendante, Mémoire d’encrier, qui devient la référence en littérature francophone de la diversité. Mémoire d’encrier publie Stanley Péan, Dany Laferrière, Marie-Célie Agnant, Gary Victor. Aux Haïtiens s’ajoutent les auteurs des Premières Nations: Joséphine Bacon, Naomi Fontaine, Natasha Kanapé Fontaine, Jean Sioui. Un nouveau regard!

Les auteurs publiés par Mémoire d’encrier sont de toute origine: autochtone, haïtienne, sénégalaise, palestinienne, israélienne, algérienne, québécoise, et leurs œuvres, de tout genre: essai, roman, poésie, etc. «Mémoire d’encrier, dit Saint-Éloi, aide à libérer des voix. C’est une action culturelle qui fait découvrir la diversité de parole, de pensée, d’action et d’être. La littérature abat les murs et facilite le rapprochement entre les cultures.»

Avec un catalogue de plus de 300 titres dans des créneaux singuliers, Mémoire d’encriera su se frayer le chemin du succès. En 2016, avec la romancière palestinienne Yara El-Ghadban, il met en place Espace de la diversité (EDLD), organisme sans but lucratif dont la mission est de rapprocher les intervenants du milieu littéraire et culturel, liés à la diversité; une autre histoire de succès. Pour mener à bien sa mission, l’EDLD organise des soirées de lecture, des ateliers, des conférences, des rencontres d’auteurs et des spectacles. Surtout, il se définit par une présence dynamique dans les salons du livre auxquels participent des auteurs de la francophonie. Ces rencontres donnent naissance à des collaborations et des projets improbables jusque-là, comme le 50e anniversaire du premier Congrès des écrivains noirs à Montréal, célébré à la Maison d’Haïti.

«Si la race n’existe pas, le racisme existe malheureusement. La littérature invite à refaire les liens. À vivre ensemble. Grâce à la littérature et aux actions de l’Espace de la diversité, nous repensons le «vivre ensemble». Nous dialoguons avec la différence, et cela nous amène à voir le monde autrement, surtout à l’habiter poétiquement»,explique Rodney Saint-Éloi.

Notes

Rodney Saint-Éloi a maintes fois été honoré en raison de son apport au développement des arts et de la culture.

  • Prix Charles-Biddle (ministère québécois de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion)
  • Prix littéraire de la ville de Saint-Louis (Haïti)
  • Prix Gouverneur de la Rosée du livre et de la littérature (Haïti)
  • Membre de l’Académie des lettres (Québec)
  • Ordre des arts et des lettres du Québec 2019